Quand la forme se fout du fond

La forme se fout du fond parce qu'elle en a marre des concepts et des prétentions à revendiquer un territoire inexploré de l'art afin que son découvreur en devienne le maitre, le génie, l'inventeur. La forme en a assez de servir un fond prétentieux toujours prêt à mettre le grain de sel de ses mots. Mes formes elles, ont simplement envie de s'épanouir et de jouir du plaisir d'exister.  Les surréalistes ont inventés l'écriture automatique et rendu exquis un grand nombre de cadavres. Moi, en tant que technicien de surface du sous-réalisme je pratique ici le dessin semi-automatique. Qu'est-ce ? C'est un dessin libèré par ses contraintes. Je prends un carnet de croquis format 13,5x21, trois feutres noirs, un gros, un moyen et un très fin et, sans idée préconçue, sans esquisse préalable, directement, je dessine entre cinq et six formes par feuille.  Chaque dessin par sa composition et son équilibre existe par lui-même. Il ne doit pas être une évolution du précédant. En rompant la progression j’évite les répétitions et assouplis mon imaginaire de la forme. Ne pas enchainer mais déchainer les dessins pour aller plus loin. Grâce à quoi l'inconscient remonte à la surface les influences, les désirs, les obsessions et tout un tas de références qu'il ne m'appartient pas de rechercher ni d'analyser.
52 dessins par planche. Je devais faire 52 planches, je me suis arrêté à 25. Plus de 1300 dessins donc, pour rompre l'imaginaire des formes et bien m'amuser. Ici 300 sont montrées.  Débuté en 1991, interrompu en 1993 (1144 dessins) terminé par l'ajout 156 dessins en 2014.